Tour de France : combien ça coûte ?

Posté par Jean-Jacques le 29 juin 2011

Vous vous êtes sans doute déjà demandé « mais combien coûte le Tour aux villes qui l’accueillent ? »

 Lecteurs privilégiés de ce blog, voici une partie de la réponse :

Lettre d’information de La Gazette des Communes :  Le Tour de France, un coût mais aussi un agent de tourisme pour les collectivités locales  Par A. l’AFP – Publié le 28/06/2011dans : France 

Les collectivités locales accueillant le Tour de France doivent s’acquitter d’un prix qui correspond à un ticket d’entrée auprès de la société organisatrice (ASO), auquel s’ajoutent des frais et des dépenses annexes. 

Coût pour une ville de départ d’étape en ligne, de prologue ou de montagne et pour une ville d’arrivée : 

  • Le ticket d’entrée est un « package » que supportent la ville de départ et la ville d’arrivée à chaque étape. 
  • Il est d’environ 150.000 euros hors taxes. 
  • La ville d’arrivée de l’étape supporte 60%, soit 90.000, 
  • et la ville de départ 40% (60.000 euros). 

 Coût pour une ville de repos : 

  • Le ticket d’entrée est identique: environ 150.000 euros hors taxes. 

Coût pour une ville de grand départ : 

  • Le montant varie entre 2 et 10 millions d’euros hors taxes. Il est fonction du lieu, selon que le top départ a lieu en France ou à l’étranger. 
  • La ville de Londres d’où était partie la Grande Boucle en 2007 avait versé 10 millions d’euros à ASO. Elle avait multiplié son investissement par près de 12. 

Toutes les villes d’étape du Tour doivent effectuer des aménagements et entretenir l’infrastructure routière et les parkings d’étapes. 

Elles doivent fournir des barrières pour les deux derniers kilomètres de la course, mettre à disposition des locaux suffisamment spacieux pour installer une salle de presse pouvant accueillir 450 journalistes de presse écrite. 

Elles doivent enfin s’occuper de nettoyer les lieux après le passage de la Caravane du Tour.

Mastodonte publicitaire – Des expositions, concerts ou diverses animations sont aussi organisés aux frais des municipalités. 

Pour les trois jours de course passés sur les routes de Côte d’Armor, l’enveloppe totale consacrée par les collectivités concernées atteint près de 620.000 euros.  La facture de la ville de l’Alpe d’Huez, qui accueille l’arrivée de la 19e étape le 22 juillet, sera de 280.000 euros. 

Mais pour les collectivités, ces dépenses sont infimes comparé aux retombées économiques du Tour, véritable mastodonte publicitaire car il est diffusé dans plus de 190 pays. Le Tour est aussi un « agent de tourisme » pour les régions traversées et permet au commerce local (restauration, hôtellerie…) d’accroître son activité lors de son passage. 

Environ 250 villes se portent candidates auprès des services du Tour pour accueillir une étape chaque année.

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Enghien Dieppe et retour en cyclocamping

Posté par Jean-Jacques le 10 juin 2011

« A chacun son Everest » comme le dit une célèbre association. Le mien, c’était de faire Enghien > Dieppe et retour en cyclo-camping et autonomie totale.

Après avoir reconnu le trajet Enghien > Beauvoir-en-Lyons, tout près de Forges-les-Eaux, je suis fin prêt et la météo aussi en ce week-end de l’Ascension. Comme à mon habitude, je me lève tôt et c’est avec 20mn d’avance que je me pointe à la gare afin de prendre le train pour Méry-sur-Oise. J’hésite quelques instants avant de me dire qu’après tout, n’ayant pas à faire l’aller et retour dans la journée, je peux bien partir à vélo.

Bonne surprise, les portions de chaussée les plus dégradées par les deux derniers hivers semblent avoir été refaites et je peux rouler sans ennui jusqu’à Méry-sur-Oise puis Auvers où je coupe à droite après le pont sur l’Oise afin d’éviter une première bosse : je ne roule pas à vide !

Dans la vallée du Sausseron, 1ère pause pour remplacer par un léger polo à manches longues la veste membranée qui me tient trop chaud. Un cycliste passe devant moi. C’est dans la longue montée après le hameau de Messelan que je le rattrape et dépasse, un peu étonné. Puis en débouchant sur le plateau du Vexin, je vois sur le bas côté une feuille morte ou un chiffon agité par le vent. Ah non ! C’est un petit écureuil roux qui ne détale que lorsque j’arrive à sa hauteur. Sympa !

A l’entrée de Berville, je consulte ma carte routière pour vérifier si, en tournant à droite, je peux rejoindre facilement la D923 afin d’éviter la montée plutôt raide vers le centre du village. Au moment où je remonte en selle un cycliste me double en s’excusant de m’avoir éventuellement gêné. La route part en légère montée plus ou moins face au vent et il me largue sans peine. Ce n’est que bien plus loin, vent dans le dos en direction de Gisors, que je le double à mon tour avec un joyeux « Bonne balade ! », un peu revanchard je le reconnais (je sais, c’est pas bien… mais ça fait du bien !).

Arrivé à Gisors, après une pause expresso, je décide de passer par la D14. D’après ma carte, elle semble touristique puisque bordée d’un trait vert. Bof… Mais après un bref mais sévère raidillon, le franchissement du plateau vers la D17 et le val de la Lévrière me donne l’occasion de constater les dégâts de la sècheresse : certains champs, comme éclaboussés d’eau de javel, sont mités par de grandes tâches jaunâtres de végétation qui aura du mal à arriver à maturité.

Je fais ma pause déjeuné à Bézu-la-Forêt, minuscule village dont je n’avais pas remarqué la beauté lors de mon précédent passage.

Un peu avant, j’ai eu une petite frayeur. Après une pause pipi, j’entends « psschhh… » en repartant. Je maudis le mauvais sort, pensant devoir défaire les bagages afin de pouvoir retourner le vélo pour réparer la crevaison. Heureusement, au premier coup de frein, « pschitt ! » la feuille morte coincée dans le frein avant s’éjecte. Je poursuis alors ma route en souriant car j’ai en tête la scène de la fausse crevaison collective dans « La vache et le prisonnier ».

Le ventre plein sans excès, je rejoins la forêt de Lyons par de petites routes calmes. Je passe devant un panneau indiquant « la panne » puis un autre, « la grande panne »… en fait, pas de mauvais présages, juste deux fermes dont l’une est nettement plus imposante que l’autre. Après la ferme musée de Rome, je tourne à droite dans le rue de la Source d’où j’ai une belle vue sur la haute futaie de la forêt. Je n’ai plus aucun doute lorsque j’arrive rapidement devant le chemin forestier qui, lors de ma reconnaissance, m’avait conduit à la fameuse source avant de m’égarer quelque peu en hors piste.

Je débouche sur une route forestière, prends à gauche puis de suite à droite et… ouch ! Je ne me rappelais pas ce petit raidillon dissimulé dans l’ombre : très bref mais dur à passer car j’arrive dessus quasiment sans élan. J’enchaîne avec une dernière route forestière avant de déboucher sur la petite D241 qui monte vers Beauvoir-en-Lyons.

Arrivé à la hauteur du panneau « arbre remarquable – hêtre de la Bunodière » je décide d’aller y voir de plus près puisque, après tout, j’ai le temps. Je m’engage donc à vélo sur un sentier, plutôt une sente que ronces et orties commencent à envahir faute d’entretien et/ou de passage. Je fais demi-tour lorsque je constate que les hêtres en question, des hêtres « pied d’éléphant », mutation génétique spécifique à ces arbres hauts-normands, ressemblent fort à ceux que l’on voit en forêt de Halatte par exemple et que celui de « La Bunodière » est je ne sais où.

En débouchant du sentier, j’ai la surprise de rencontrer un cycliste. A vrai dire, c’est plutôt lui qui est stupéfait de voir sortir du bois un cyclo-campeur sur un vélo de route surchargé. C’est un retraité d’Argenteuil (ville où j’ai habité et travaillé de nombreuses années : le monde est petit !) cycliste de longue date. Suite à des problèmes de santé il prend désormais la voiture pour sortir d’Ile-de-France afin de parcourir à vélo les nombreux itinéraires balisés de Haute Normandie, région dont il ne se lasse plus… de même que de ses bistrots, auberges, gargotes improbables et leurs clients. Il a semble-t-il fait partie de la fédération de cyclotourisme. Mais il l’a abandonnée car ses membres ne seraient intéressés que par  « tailler la route sur les départementales roulantes », pas par musarder sur les petites routes de campagne ou des circuits touristiques.

Je le quitte après que trois cyclistes soient passés. Je les rattrape dans la montée vers le plateau de Beauvoir-en-Lyons. Après les avoir suivis une centaine de mètres, je constate que j’ai un rythme de pédalage plus vif stimulé par l’envie d’arriver à Forges-les-Eaux, toute proche maintenant. Je les dépasse donc peu avant de sortir de l’abri de la forêt pour affronter le vent de Nord-est. Je remercie mon vélo d’être équipé d’un cintre « course », pense à Clément qui va faire demain son brevet de 600km, indispensable à son inscription pour Paris-Brest-Paris, et lui tire d’avance mon chapeau.

Arrivé au hameau des Bas-Routeux, je coupe droit devant par une étroite rue bordée de haies impénétrables. Un chat, surpris par mon arrivée, ne peut les franchir et se voit dans l’obligation de détaler devant moi tel un Christophe Lemaitre félin jusqu’à ce que le portail d’une maison lui permette enfin de s’échapper.

Je résiste à la tentation de vérifier si la boulangerie près de l’église de Beauvoir est ouverte, passe devant l’entrée d’une ferme où un âne semble attendre stoïquement je ne sais quoi, puis, sur les conseils du cyclotouriste rencontré en forêt, m’engage dans la longue descente vers Hodeng-Hodenger. De là, la route devient quasiment plate jusqu’à la longue mais faible montée vers Forges-les-Eaux.

Le camping, bien signalé, est juste à gauche à l’entrée de la ville et tout proche de la voie verte. C’est un camping * municipal et familial à l’ancienne, au tarif imbattable (4,10 € la nuitée, taxe de séjour comprise), avec des installations un peu désuètes mais une ambiance conviviale d’habitués qui regardent défiler les clients de passage. Bien que l’après-midi soit un peu avancée, je découvre le gérant dans une grande tablée devant un mobil-home qui n’a plus grand-chose de mobile. C’est un solide normand à la moustache de gendarme d’image d’Epinal.

Il me laisse m’installer où bon me semble « On aura bien le temps de régler la paperasse d’ici ce soir », ce qui me permet de choisir un emplacement qui n’en est pas un mais offre l’avantage d’être aéré, à l’ombre et sur une pelouse moelleuse.

Après m’être installé, je constate en revenant de la douche qu’un autre cycliste a planté sa tente de bivouac à proximité de la mienne. Son vélo est un VTT « Specialized » à fourche suspendue et gros pneus auquel est attelée une remorque mono roue. C’est Jason, un jeune et solide anglais qui en a bavé pour venir de Rouen avec le vent de face. Il me confie que son vélo aurait besoin d’une réparation car affecté par du « bobeling » (ou bobbling ?) avec un petit geste de la main : une roue voilée ? Je lui réponds par un « ah… » pouvant soit laisser supposer que j’en connais long comme d’ici à Pékin sur le bobeling, soit être un aveu d’ignorance, et comme je ne donne pas suite à sa proposition implicite d’aide…

Le soir venu, en faisant ma vaisselle, je rencontre un habitué qui me confie qu’il imite si bien le chant des pigeons turcs (si, si, ça existe) et des sansonnets qu’ils lui répondent et s’approchent de lui. A mon grand regret, je ne pourrai pas le vérifier.

Après une bonne mais fraîche nuit (le vent !) je repars de relativement bonne heure sans que Jason ait montré le bout du nez : j’espère qu’il aura pu récupérer de ses efforts de la veille car s’il continue jusqu’à Calais il n’est pas sorti de la berge ! Je m’engage sur l’avenue verte que j’avais repérée la veille. Le départ n’offre pas la meilleure image : devant l’ancienne gare, un espace caillouteux où les circulations des automobiles et des vélos ne sont pas définies. Résultat, outre la crainte de crever sur un éclat de silex, pour accéder au couloir cyclable menant à l’avenue verte on peut être gêné par des voitures stationnées en rang trop serré.

Au bout d’une longue courbe montante ombragée et après deux virages en épingle et une chicane anti 2 roues motorisés (tandems et vélos avec attelage attention : manœuvre délicate) je traverse la route menant à Neufchâtel-en-Bray et au Tréport avant de rejoindre la « vraie » avenue verte à la sortie de Forges.

Elle est bien aménagée, son passé est rappelé par de nombreux signaux ferroviaires qui ont été conservés (excellente idée !) et les traversées des nombreuses petites routes de campagne sont parfaitement signalées sans pour autant être compliquées par des chicanes mal venues (pour les tandems avec remorque par exemple : j’en ai croisé 2). Par ailleurs, lorsque d’anciennes gares ne sont pas aménagées, des lieux d’accueil se sont créés ou sont en cours d’aménagement.

Seule précaution à prendre : en traversant Neufchâtel-en-Bray, faire attention aux bordures de trottoir. Bien que biseautées, elles présentent une hauteur qui, ajoutée au caniveau, m’a fait craindre la crevaison par pincement de la chambre à air : pneus bien gonflés et roulage au pas conseillés. Consciemment ou par ignorance ou négligence, le concept de « vue à zéro » n’a pas été appliqué.

Le vent, de côté ou de ¾ arrière, et les faux plats descendant me font parfois atteindre des pointes jusqu’à 40 km/h ! Mais je ralentis bientôt le rythme car j’ai du poids à emmener. Malgré tout, j’arrive rapidement à St Aubin-en-Caux d’où je rejoins Martigny par la D154 car je ne suis pas sûr que le camping des 2 Rivières soit bien indiqué depuis l’avenue verte. La personne à l’accueil me le confirmera : arrivé à la hauteur de la petite cuve hors sol d’une station d’épuration, facilement repérable à la puissante odeur qui s’en dégage, il faut s’engager dans la base nautique et franchir un portail sur un pont.

En fait, il est situé tout près d’Arques-la-Bataille dont les ruines du château se dressent sur une colline proche. C’est un camping *** municipal installé entre deux rivières, ou deux bras du même cours d’eau, dans une petite vallée plate royaume des étangs : base de loisirs et pêche. J’ai le plaisir de me voir offrir un autocollant, un stylo bille et un plan de l’avenue verte : bonne idée pour sensibiliser ceux qui ne la connaitraient pas.

Là aussi, on me permet de m’installer où je veux, « derrière la salle de jeux par exemple, il y a un saule pleureur qui vous offrira de l’ombre toute la journée ». En effet, les platanes des parcelles ayant bénéficié d’une taille sévère, ce n’est que l’an prochain qu’ils donneront un peu d’ombre.

Mais la proximité de la salle de jeux ne me séduit guère et je préfère planter ma tente derrière les bâtiments de l’accueil, au pied d’un grand noyer, sur une digue bien ombragée dominant un petit cours d’eau d’où je suis quasiment invisible des autres campeurs.

Repas de fête pour ce midi un peu passé : une copieuse portion de « paella de la mer », un demi Pont l’Evêque fermier, une banane, achetés à Arques-la-Bataille chez « Entre terre et mer », et, de la boulangerie d’à côté, une baguette Polka et un « pépito », appelé en Île de France « brioche  suisse ». Pendant que la paella chauffe, je fais quelques pas et tombe sur une belle couleuvre qui serpente tranquillement dans l’herbe haute du talus. Ce ne sera pas le seul animal que je verrai pendant mon séjour : une poule d’eau, un petit oiseau vif au chant mélodieux, un ragondin trop furtif pour avoir pu le photographier et des poissons de taille respectable dont j’aurai un mal fou à tirer le portrait à cause des reflets sur l’eau.

Rassasié, je peux envisager de partir à la découverte de Dieppe. Je choisis de m’y rendre par la route de Martin-Eglise, qui fait visiblement le tour d’un estuaire comblé par les alluvions et le long de laquelle je remarque une sympathique gargote faisant aussi hôtel.

J’arrive à Dieppe par son côté ouvrier : des maisons de ville en brique rouge sombre, comme clonées, collées les unes aux autres, et débouche du côté de l’embarquement des ferries. Plutôt que de prendre la route qui monte vers le haut des falaises avec le vent de face, je vais jusqu’au bout de la zone d’embarcadère marcher sur un sentier qui surplombe la grève. Je ne peux aller bien loin, vite stoppé par un à pic, mais la balade me donne un aperçu de la flore sauvage locale.

Je reviens ensuite, par des ponts levant (levis ?) et une rue de ceinture du port très animée, sacrifier au rite de visite de la jetée, colonisée par les pêcheurs à la ligne qui jouent les équilibristes perchés sur les murs en plein vent. Tout au bout, la mouette appointée par l’office du tourisme permet à mon téléphone portable de réaliser une photo digne d’un chasseur d’images. De retour sur la promenade du front de mer, je m’offre la spécialité Dieppoise, une glace « américaine » : 3 boules dans un cornet, « chantilly », coulis (3 parfums au choix) et petits vermicelles de toutes les couleurs !

C’est donc en complète harmonie avec mon environnement que je vais faire une petite bronzette sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés… de galets, en regardant quelques surfers tenter de prendre les vagues : la faible distance entre la ligne de formation des rouleaux et la plage leur laisse peu de chances d’arriver à quelque chose de correct.

Je vous passe les clichés : le vent du nord, la couleur émeraude, l’écume sur la crête des vagues, la houle profonde, le ressac incessant, les travailleurs de la mer rentrant au port, les cris déchirants des mouettes, etc.

Je rentre au camping après avoir grimpé la côte de la route menant au château-musée et vers les falaises au sud-est de la ville : c’est par là que j’ai prévu de passer demain matin. La nuit est bruyante. On dirait que tout ce qui couine, glapis, siffle s’est passé le mot pour s’en donner à cœur joie. Ce n’est que lorsqu’un rapace nocturne pousse soudain un grand cri que tout se calme enfin.

Le lendemain, à 8h30, je suis en route pour mon circuit « découverte du Pays de Caux » :

Dieppe, Quiberville, le val de Saane jusqu’à Gueures, Hermanville, Bacqueville-en-Caux (d’où j’ai prévu de me rendre directement à Longueville-sur-Scie en cas de coup de mou), Lamberville, St Mards, Beauval-en-Caux, Auffray, Heugleville, Longueville-sur-Scie, St Crespin, St Honoré, Torcy, Martigny.

Je flâne un peu dans le centre de Dieppe, où l’animation de la veille a été remplacée par celle d’un marché, et remarque, outre les nombreux contre sens cyclables, la façon dont une certaine forme d’hôtellerie s’est intégrée dans le patrimoine historique. Je regrimpe ensuite la montée vers la route côtière dont le dénivelé ne s’atténue qu’au niveau des bâtiments d’un immense lycée.

Je suis récompensé de mes efforts non seulement par la découverte que je suis sur un itinéraire classé « euro-véloroute » mais par la descente sur Pourville dans laquelle je ne m’arrête que le temps d’une photo depuis un virage en belvédère. Il me faut ensuite remonter vers Varengeville. Ensuite, la route est plane et j’y croise un petit groupe de cyclos du coin qui me saluent cordialement, après un curieux petit instant d’hésitation car je suis un cycliste hybride : casque à visière (plutôt VTT ça), vélo de route à pneus fins, cuissard, chaussures à cales pour pédales automatiques… mais aussi : rétroviseur de bout de cintre, porte-bagage, 2 antivols (un câble et un U), sweat-shirt non cycliste. Le plus sympathique arbore une superbe moustache en guidon… de vélo digne d’une version cycliste des Brigades du Tigre.

Je bifurque vers le phare d’Ailly. La route ressemble à une allée de parc. Effectivement, il y en a un qui la borde, avec d’énormes buissons de rhododendrons en fleur comme j’en avais vu il y a bien longtemps sur la côte ouest de l’Irlande. Le phare lui-même est une arnaque : il est bien au sommet de la falaise, mais en retrait dans la forêt. Je suis alors un panneau « chemin du sémaphore » puis, en prenant le premier chemin sur ma droite, arrive sur une sorte de balcon naturel, bien qu’ici la falaise ne soit plus à pic mais à moitié éboulée et couverte de végétation.

En repartant, je remarque un sentier dont je sais qu’il aurait tenté nombre de mes connaissances adeptes du vélo hors piste… à moins qu’il ne conduise qu’à des toilettes en plein air ?

Quiberville est un petit village étalé le long de la plage et dont l’activité de port de pêche est attestée par les nombreuses barques chargées de flotteurs surmontés de drapeaux aux couleurs codées. Juste à la sortie, je remarque une curieuse enfilade de petits appartements de location saisonnière, identiques mais chacun peint d’une couleur différente.

La route monte gentiment le long de la Saane. Un peu avant Gueures, un petit château attire mon attention : contrairement aux manoirs et autres demeures de la région, il est entièrement en pierre grise qui renforce son caractère moyenâgeux. Deux cyclos me rattrapent alors : ce sont des pros, des Raymonds (cf. lexique). En effet, ils discutent entre eux sans me saluer, leur tenue noire et grise est identique (cuissard long et maillot cycliste à manches longues), leur pédalier n’a que 2 plateaux, leur roue libre fait un bruit de crécelle et ils montent en danseuse la côte à la sortie du village.

Pour ma part je ferai deux pauses dans cette côte : une pour le refuge pour randonneurs, l’autre un peu plus loin pour photographier le paysage défiguré (vous trouvez ?) par des éoliennes. Cette deuxième pause me donne l’occasion de discuter avec un éleveur de vaches à viande « Moi, la sècheresse ne me nuit pas trop, il reste des pâtures près de la rivière. Mais ceux qui ont des vaches laitières doivent leur assurer chaque jour suffisamment de nourriture pour qu’elles puissent produire. On devrait avoir de la pluie ce soir ou ce week-end, ça va donner un coup de pouce. »

La route du val de Saane est très agréable et semble faire partie d’un circuit cycliste des rivières. De plus, la circulation automobile y est très faible, au moins en cette saison. Arrivé à Bacqueville-en-Caux, la montée vers la ville se fait sur une route où la circulation automobile semble un poil plus intense. Après un coup d’œil sur la carte et compte tenu de ma forme, je décide de continuer vers St Mards et Beauval en Caux. Je ne le regrette pas car Bacqueville vue par en bas vaut le coup d’œil et la suite de la route reste agréable et tranquille.

A la sortie d’Auffray, en direction de Longueville-sur-Scie, j’ai la surprise amusée et partagée de croiser à nouveau « big moustaches » : nous nous saluons gaiement comme deux vieux potes. La route légèrement vallonnée suit le cours de la Scie qu’elle surplombe parfois.

Arrivé à Longueville, je remarque en sortant d’une providentielle boulangerie non seulement l’annonce d’un fête médiévale le 12 juin (anniversaire de
la Normandie : 911-2011)
mais aussi qu’il n’y a pas que les usagers franciliens de la SNCF ou du RER qui ont des problèmes de desserte.

Jusqu’à St Crespin, la route monte progressivement en offrant un paysage étonnant : côté vallée, le plus abrupt, d’immenses sapins évoquent les Vosges, côté amont, plus doux, des hêtres comme en Ile de France. Je débouche ensuite sur un étroit plateau, la route étroite se frayant un chemin au travers d’un immense champ de blé : je me sens tel Moïse traversant la mer rouge.

Après St Honoré, la route plonge en une longue descente sinueuse vers Torcy. Bien qu’en roue libre, j’atteins rapidement une vitesse vertigineuse. La pression de l’air est terrible. Je n’ose pas ouvrir la bouche de peur d’avoir le souffle coupé et que la surpression engendrée ne se transmette à l’autre extrémité de mon auguste personne, donnant ainsi corps au dessin de Geluck qui illustre mon blog. De plus, je mets un point d’honneur à pédaler sans assistance, fut-elle à aéro-réaction.

Torcy, comme d’autres villes normandes, telle Rouxmesnil-Bouteilles à l’entrée de Dieppe, bénéficie d’un aménagement routier destiné à apaiser la circulation automobile : la route décrit des chicanes et les chaussées sont séparées par d’étroits terre-pleins. Et comme ailleurs, bien que roulant à bonne allure, à près de 30 km/h, je ralentis la faible circulation automobile. Pour autant, je ne suis pas mal à l’aise car les quelques automobilistes qui me suivent attendent sans impatience de pouvoir me doubler sans risque. Un peu avant Martigny, un panneau « cueillette de fraises », tel un clin d’œil, me rappelle ma récente balade bourguignonne.

Bien qu’il soit un peu tard, ma balade ayant pris plus de temps que prévu, je prends mon temps pour déjeuner et plier bagages puisque je sais que je rallierai rapidement Forges-les-Eaux.

Le départ est laborieux. En effet, c’est samedi après-midi. L’avenue verte est très fréquentée aux alentours de Martigny, notamment par des piétons et cyclistes du week-end ayant parfois une notion approximative du partage de cette chaussée. Je maugrée intérieurement contre ces familles qui prennent toute la place, se figeant à mon arrivée comme pour tester mes capacités d’évitement, oubliant de dire à leur gamin(e) à vélo que, même sur une avenue verte ouverte à tous, on roule en tenant plus ou moins sa droite.

Quelques kilomètres plus loin, je peux adopter une allure plus soutenue. J’ai le plaisir de croiser toute une bande de cyclistes plus ou moins costumés mais surtout pédalant sur des vélos anciens, voire très anciens. Je remarque notamment un superbe Don Camillo sur son vélo de curé et une cycliste avec remorque mono roue en osier.

Je m’offre quelques pauses gourmandes puisque, régulièrement, des plantations d’arbustes fruitiers agrémentent l’avenue verte : cassissiers et groseilliers (rouges et à maquereaux). Bien qu’ils aient souffert de la sècheresse, ils sont chargés de fruits et je remarque des riverains qui n’hésitent pas à en cueillir de pleins seaux.

Toutefois, je ne traîne pas trop : le temps semble vouloir se mettre à l’orage si j’en crois la chaleur montante et les gigantesques nuages en chou-fleur que je vois grandir à l’horizon.

Arrivé au camping, j’installe ma tente en un temps record (je commence à avoir le coup de main !) et file acheter de quoi assurer mon dîner et le déjeuner de demain. Je dîne tranquillement en contemplant les orages qui semblent vouloir contourner la région puis discute avec le gérant. Il m’apprend que le camping, condamné par une opération immobilière, devrait être reconstruit de l’autre côté de la route, derrière l’aire d’accueil des camping-cars, et passer sous statut privé : si vous voulez profiter des tarifs actuels, dépêchez-vous !

C’est vers 23h que je sens le vent se lever avec les premières gouttes de pluie. Le temps de fixer les haubans de la tente par prudence et l’orage éclate. Ceux qui réclamaient la pluie sont servis, éclairs en prime : le sol en tremble et le compteur électrique du camping disjoncte ce qui déclenche la panique chez les caravaniers.

Le matin venu, je suis bien obligé de constater que, malgré mes efforts pour sécher le double toit à grand renfort de PQ volé aux toilettes, je vais devoir plier ma tente alors qu’elle est encore humide. Un surpoids dont je me serais bien passé !

Le temps est couvert et frais, la pluie a fait ressortir les odeurs : puissante des étables, fraîche de la menthe en passant devant une maison, un peu lourde des coquelicots dans les champs. A Hodeng-Hodenger, un calicot annonce que je vais rater une course de brouettes. Un peu plus loin, dans la montée vers Beauvoir-en-Lyons, c’est un superbe escargot de Bourgogne que je sauve d’une mort certaine en le déposant dans le bas-côté de la route qu’il voulait traverser.

A Beauvoir justement, l’âne est au même endroit et, semble-t-il, dans la même position qu’à l’aller. Puis, après la venelle désormais dite « du chat sprinteur », c’est la descente vers la forêt de Lyons, Rome, Bézu-la-Forêt et Gisors. De St Denis le Ferment à St Paës, je remarque une multitude de peintres et dessinateurs le long de la route : c’est le Festival des peintres initié par le Département de l’Orne. La route de Gisors via la forêt étant fermée en raison des travaux d’aménagement du contournement routier de la ville, je rejoins Gisors par Bézu-St-Eloi et la D148.

C’est à ce moment que la pluie s’invite. J’enfile mon blouson cycliste et teste la housse de protection intégrée à mes sacoches. Elle est parfaite, puisqu’elle couvre non seulement les sacoches mais aussi le barda fixé au-dessus (la tente et les chaussures). Seul reproche, elle est noire et dépourvue d’éléments rétro réfléchissants : de couleur fluo avec quelques inserts de sécurité elle aurait-été parfaite.

La pluie cesse rapidement et c’est à la sortie de Chaumont-en-Vexin que je déjeune le long d’une route transversale. Je m’offre le luxe d’un thé bien chaud et d’une petite somnolence dans l’herbe. Reposé, ayant profité de la chaleur du soleil que je sens percer à travers les nuages, je repars tranquillement. Le temps s’éclairci progressivement, nécessitant un allègement vestimentaire. Cette fois, je continue jusqu’à Amblainville afin d’éviter la courte mais raide côte pour sortir d’Arronville (bien agréable à l’aller). La route rectiligne est roulante mais ennuyeuse : j’ai l’impression de ne pas avancer. Cependant mon calcul est juste. Sorti d’Amblainville, la route est large, peu fréquentée en cette saison et, bien qu’offrant une vue dégagée sur les alentours, la pente est raisonnable.

Je retrouve avec plaisir la longue descente vers Messelan, puis le relief vallonné jusqu’à Méry-sur-Oise où la montée vers la gare, combinée à la chaleur orageuse et à la circulation automobile qui s’intensifie, me fait opter pour une fin de parcours en intermodalité, c’est-à-dire en train.

Et bien voila, je referai avec plaisir cette balade mais je lorgne déjà vers 2 nouveaux projets :

  • rallier à Gasny, près de La Roche Guyon, la voie verte qui monte vers Gisors et revenir par le Vexin, en passant ailleurs que par la vallée du Sausseron que je commence à connaître par cœur.
  • ou acheter la carte SNCF Bourgogne Liberté et continuer à découvrir cette région

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